"Sur les cendres de ma mère"

 
Sur les cendres de ma mère | The Wisdom of a Unicorn
 
 

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Chaque année c’est la même chose. Chaque année je me dis que je vais y arriver. Chaque année, je m’enfonce un peu plus dans ma tristesse. Parce que je me dis que je vais gérer. Parce que je me dis que je vais être triste toute ma vie, que je dois “juste” aprendre à vivre avec. Et chaque année, je tombe dans cette pseudo dépression qui dure à peu près deux semaines, ou alors n’en suis-je jamais sortie ?

Un deuil, ça change ta vie. Un deuil ça fout le bordel. Un deuil c’est chiant, c’est con , c’est triste. Moi ça fait 6 ans que je suis en deuil, et pourtant les étapes je les ai passé. Enfin, je croyais. Je croyais pouvoir gérer jusqu’à ce que ça déborde il y a quelque jours. Mon hyper activité n’a pas suffit à masquer ma douleur. Bah oui, j’ai quand même refait tout mon site, fait le ménage à fond et rempoté une plante ^^’ Mais y’a pas à dire un deuil ça change une vie.

Attention : cet article peut être triste, je ne sais pas, je vais l’écrire. Alors ressortira ce qu’il doit ressortir. Moi, je vais m’aérer en forêt en ce 6 Juillet, pleurer et laisser partir ces sentiments que je retiens depuis 6 ans.

LE DEUIL ARRIVE EN MODE NINJA

Je ne t’apprends rien jusque là, quand un proche décède, on tombe dans cette phase de deuil, qui a plusieurs étapes bien chiantes :

- CHOC ET DÉNI

- DOULEUR ET CULPABILITÉ - LA PERTE EST BIEN RÉLLE

- COLÈRE

- MARCHANDAGE

- DÉPRESSION ET DOULEUR

- RECONSTRUCTION

- ACCEPTATION

Le truc c’est qu’on ne sait pas quoi faire de ces étapes. On ne les suit pas forcément dans l’ordre puisqu’on est nous et que chacun vit sa peine à sa façon. Par contre ce qui est certain et commun pour tout le monde c’est cette tristesse avec laquelle on doit dealer, cette putain de tristesse qui s’installe et puis on la voir venir, on la voit s’installer et on lui fait une place grande comme une maison.

On lui dit : viens, installe-toi, ça va faire du bien de pleurer. Ou alors il y a l’autre option, la mienne qui est de lui avoir dit : bon t’es gentille, mais si tu pouvais venir après que j’ai régler tous les papiers, et puis en fait non, si tu pouvais venir mais petit à petit, tout doucement tu sais, genre ne pas me faire me sentir mal tout de suite.

Et bien ça c’est une mauvaise idée. Parce que 6 ans après putain, je suis toujours aussi triste à en crever et je revis chaque jours depuis 6 ans, donc aujourd’hui 2190 jours ce moment du 6 Juillet 2013 où on m’appelle pour me dire que ma maman “ a fait un malaise cardiaque” et où on m’a laissé deviner au téléphone qu’elle était décédée. Ouais.

Alors moi j’ai refusé d’être en deuil, j’ai refusé d’être triste à en crever au grand jour. J’ai tout gardé pour moi. TOUT. Même si j’en parle un peu parfois, ce n’est que la partie visible d’un Iceberg de douleur. Mais quand bien-même, que tu le veuilles ou non, ce fucking deuil il est là, il t’attend et il te prend par suprise.

ET PUIS IL FAUT VIVRE

Ouais, il faut “continuer” à vivre, reprendre sa vie d’avant. Sauf qu’une partie de nous est partie avec la personne qui est décédée. Non ? Cette part d’innocence, cette part de joie, de bonheur qu’elle nous insufflait ? Comment vivre sans cette personne ? Comment, bordel, je peux vivre sans ma maman ? Sans avoir envie de lui téléphoner pour lui raconter ma vie comme j’ai eu encore envie de le faire 3 fois cette semaine avant de me dire “meuf, t’es conne elle est morte”.

Il n’y a pas de manuel pour ça, pas de méthode, pas de livres. enfin, si il y a en a, mais à quoi bon les lire et appliquer ? Le deuil est propre à chacun et chacun réagit à sa manière, pas la peine de vouloir tout mettre dans des cases …

Alors, on (ou alors je, je ne sais pas) reste là, bloquée il y a 6 ans pendant que les autres, ceux qui ne subissent pas la perte ou alors la vive différemment, avancent dans leurs vies. Tout à l’heure mon médecin me disait : “mais vous ne vivez pas en fait”. ah ah ! il m’a scotché lui. Il a mis des mots sur ce que je vivais. Ou plutôt ce que je ne vivais pas. Ma vie. Celle qui aurait dû continuer tranquillement il y a 6 ans et qui s’est brutalement arrêtée avec le coeur de ma maman.

Moi je vois les autres avancer et je reste plantée là, debout alors que le monde avance sans moi.

LA VIE SANS EUX / LA VIE SANS ELLE

Bah c’est moche. Voilà, ça c’est dit. C’est vraiment moche. On perd quelqu’un physiquement putain. Comment est-ce qu’on pourrait nous demander de vivre ? Ah oui, vivre pour eux parce que nos défunts seraient heureux de nous voir vivre notre vie ? Mais quelle vie au final ? Et puis, est-ce qu’on est certain que nos défunts sont heureux de faire leur chemin sans nous à leurs côtés ?

J’ai l’impression de reculer de 6 ans en écrivant ces mots. Je me rends compte qu’ils sont empreints de colère. Mais en fait non, ils sont empreints de réalisme. Mon réalisme. Qui n’est pas le vôtre. Mais mon réalisme c’est de la tristesse. Une tristesse si profonde qu’elle ne sait pas sortir. Ou alors je ne sais pas vivre avec, ça déborde. Mais c’est rigolo parce que ça déborde une fois par an. Le reste du temps je gère, je mets ma tristesse dans un coffre, je la range gentiment et puis une fois par an, elle revient mais comme je n’y suis pas habituée bah ça déborde et ça donne un article bien relou à lire !

La vie sans les êtres que l’on aime plus que tout au monde est dure. Vraiment. On doit recréer de nouvelles habitudes, et donc faire le deuil des habitudes, de la présence, de la voix, du corps physique. C’est vivre avec un trou béant dans sa vie et dans son coeur.

La vie sans elle c’est sourire au quotidien, ne pas penser, se dire que c’est dans l’état naturel des choses, que si elle est partie c’est que sa mission ici était terminée et qu’une autre l’attendait. C’est ne pas penser à ce qu’on aurait dû vivre. C’est faire bonne figure au quotidien, sourire, rire et se dire qu’il est trop tard pour s’effrondrer.

APPRENDRE A RE-VIVRE

Et puis un jour, tu te sors les doigts du cul, et tu te dis que la vie est trop courte pour s’emmerder avec des conneries, qu’il faut quand même penser à être heureuse et vivre avec cette tritesse. Et apprendre à re-vivre, littéralement c’est dur. Parce qu’on est plus les mêmes après un deuil. On a connu l’enfer des émotions, la dépression, la colère, les pleurs à n’importe quelle heure, les crises d’angoisse, les mauvaises pensées. On a vu nos proches avec des regards et des airs condescendant, on a perdu des ami-e-s, on s’est isolés. Je ne suis plus la même. Parfois je n’ai pas ou plus d’émotions pour certaines situations. Vraiment. Je regarde et je me dis : ouais, bah c’est bien. Froidement. C’est étrange cette sensation de se dire qu’on ne ressent rien. Ou plutôt que 'l’on ne veut plus ressentir, pour ne plus souffrir …

Alors je ne sais pas vous, mais moi j’ai décidé d’aider les gens dans leur deuil. Ça a d’abord commencé par mes copines qui venaient de perdre leur maman. Et puis après les copains, et puis re les copines (c’est dingue quand même combien de personnes autour de moi ont perdu leurs mamans ou leurs papas au cours de ces 6 dernières années !) jusqu’à ce queje me dise que mon expérience pouvait servir d’autres personnes. Les gens que je ne connaissais pas. Parce qu’apprende à re-vivre c’est faire face aux émotions des autres pour comprendre les siennes.

RESTE L’INCOMPREHENSION

Parce qu’aujourd’hui mes capacités se sont développées, je comprends mieux certains concepts dans la mort, le deuil, le chemin de vie etc. Mais, pour ma part, il me reste une question à laquelle j’aurais peut-être une réponse un jour : pourquoi j’ai eu ma maman à la OuiJa lors de mon week-end à Fougeret ? Vraiment. J’ai posé des questions que seuleun membre de ma famille pouvait connaître. Je pense que j’ai commencé à gamberger à ce moment là et pouf, les émotions ont débordé.

SUR LES CENDRES DE MA MÈRE

Cette expression je l’ai entendu pour la première fois dans la bouche de Vonette de “La Nuit du Chasseur” qui, au moment où elle aperçoit quelque chose, emploi cette expression pour indiquer qu’elle ne ment pas. Pour info, Vonette a également perdu sa maman. Je suis restée sur le cul. Je me suis dit : “Bordel, cette meuf elle a pris assez de recul dans son deuil pour sortir cette phrase” Enfin, vous me direz, je suis la première à répondre : “bah non, elle est morte” à quelqu’un qui va me dire “nique ta mère” ou toute autre expression où il y a le mot “maman”, parce que ça me fait marrer de mettre les autre mal à l’aise car justement je suis à l’aise avec mon vieux copain le deuil qui me suit depuis 6 ans.

Alors vous ne m’en voudrez pas si moi aussi j’emploie cette expression, parce que sur les cendres de ma mère, j’ai envie d’avancer dans ma vie.